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Vendredi - Samedi - Dimanche 8 - 9 - 10 mai 2009 Imprimer cet article
Alexandre Zeller - 
«Nos voisins favorisent l’avenir de la place financière!»
Le président exécutif de HSBC Private Bank a déclaré hier que la fuite des grandes fortunes vers la Suisse allait prendre le relais de leurs capitaux.

La place financière suisse va-t-elle capituler devant la cavalerie ou fusionner avec Ouagadougou, comme nous le prédit notre cher ami le Ministre des finances allemand Peer Steinbrück? Je ne le crois pas et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. Rappelons tout de même que contrairement à de nombreuses places financières, la Suisse a une longue tradition. Et la tradition, dans la banque, c’est important. (…)

Le secret bancaire a été ancré dans la législation en novembre 1934 et il est bon de se rappeler pourquoi. C’était pour deux raisons. Les pressions énormes de la gauche française et la peine de mort introduite par Hitler pour tous les Allemands qui pourraient transférer leur argent à l’étranger. Je crois que c’est important de dire que la place financière ne s’est pas construite que sur le secret bancaire. Ensuite, de façon anecdotique, on peut déjà dire que la Suisse a déjà subi des crises du secret bancaire : un banquier suisse a été arrêté en Espagne dans les années cinquante pour les mêmes raisons qu’on invoque aujourd’hui. Et puis, la Suisse a vécu une crise absolument majeure. On peut déjà dire qu’elle a eu sa crise des subprime. C’était dans la fin des années 1980. Pourquoi j’ose cette comparaison quand même un petit peu exagérée, peut-être pour certains? Parce qu’il est établi qu’à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le système financier suisse a perdu 60 milliards de francs. Soixante milliards pour 7 millions d’habitants, rapportez-le à 300 millions d’habitants des Etats-Unis, nous ne sommes pas très loin des trois ou quatre mille milliards que coûtent la crise américaine d’aujourd’hui. Et cette crise extrêmement importante de la place financière suisse l’avait conduit à se restructurer. C’est ce qui explique qu’on est passé de 600 à 330 banques dans notre pays. Evidemment, aujourd’hui nous sommes touchés par la crise mondiale et je vais essayer de montrer comment elle offre un certain nombre d’opportunités. (…)

Nous sommes aussi en tête des centres financiers internationaux, leader dans la gestion qu’on appelle offshore, transfrontalière. C’est-à-dire des clients qui ont leur argent en dehors du pays de domicile. Nous sommes numéro trois dans la gestion d’actifs derrière les Etats-Unis et l’Angleterre. La masse gérée en Suisse représente dix fois le PIB de la Suisse. Il s’agit de s’interroger, pour dessiner l’avenir de la place financière : est ce que notre succès repose uniquement sur le secret bancaire, comme nos concurrents essaient de le dire. Mais je suis persuadé du contraire. (…)

En dehors du secret bancaire au sens strict, notre place financière offre une confidentialité et une protection de la sphère privée importante pour de nombreuses raisons. Pensez à la clientèle d’Amérique du Sud, où vous avez très peu de confidentialité dans les banques. Le problème de toutes les personnes fortunées en Amérique du Sud, c’est les kidnappings, et beaucoup de clients viennent en Suisse précisément pour mettre leur argent à l’abri de ces gangs organisés, que ce soit au Mexique ou au Brésil en particulier. La Suisse offre une main d’œuvre très qualifiée, elle est formée dans le domaine de la finance, multilingue. De plus, elle a un sens du service dans le domaine bancaire qui est extrêmement développé. Et puis elle offre une gamme complète de services et de produits dans tous les domaines, pas seulement simplement dans l’investissement, mais dans le conseil financier, les crédits, hedge funds et les instruments spécialisés. Même à l’intérieur d’un groupe aussi global et international que HSBC, dans la gestion de fortune, qui occupe quelques milliers de personnes, c’est la Suisse qui tient le rôle centrale, avec 2000 employés et la plus grande palette de produits et de services.

Cette combinaison de facteurs crée en Suisse ce que j’appelle un effet de cluster et un effet de pôle d’excellence, notamment dans le domaine des avocats, des fiduciaires et du conseil patrimonial. Il y a une véritable valeur ajoutée dans la place financière en Suisse. Bien entendu, tout n’est pas rose. En termes législatifs, il y a eu dans le passé des décisions qui ont pas mal coûté à la Suisse. En particulier à cause du droit de timbre, beaucoup de business est parti au Luxembourg. Un cadre réglementaire parfois pas assez réactif. Une influence limitée de la Suisse auprès des grands organismes internationaux. Et puis un sujet qui a souvent été abordé ici (dans le cadre du Forum des 100), la question des étrangers formés ici, très qualifiés et qui doivent repartir pour des raisons de permis de travail. Alors, pour dessiner cette place financière de l’avenir, il faut saisir les enjeux internationaux. Il y a une hostilité montante à l’égard du modèle offshore. C’est clairement à la fois une guerre économique, nos concurrents veulent nous prendre cette pièce du gâteau. Mais c’est, tout aussi clairement, devenu une guerre politique. La crise a eu un impact fort sur la clientèle. Cette dernière est aujourd’hui déstabilisée, elle s’interroge sur la façon dont la Suisse va réagir. Il y a des nouveaux centres financiers qui cherchent à se profiler, notamment en Asie. Et la Suisse malgré tout dispose d’un accès limité au marché de l’Union européenne.

J’en viens à la pièce centrale de la réflexion. Quels sont les atouts à jouer pour l’avenir? Il y a deux événements qui se sont passés ces douze derniers mois qui sont extrêmement importants et dont nous devons tirer parti. Le premier, c’est que la crise va avoir des conséquences financières majeures pour les principaux pays européens. Qu’est-ce que les gouvernements vont faire? Ils vont devoir trouver de l’argent, donc augmenter les impôts. Et ces impôts, ils vont devoir les trouver auprès des personnes fortunées. Donc il va y avoir un accroissement de la pression fiscale sur les personnes fortunées. C’est ce qui s’est déjà passé en Angleterre et cela va suivre en Allemagne et en France. Et ces clients vont se mettre à chercher des solutions. Le deuxième, c’est que la plupart des places financières ont décidé de collaborer en matière d’entraide pour lutter contre l’évasion fiscale. Donc si tout cela met en place, clairement, les options pour les clients vont se réduire. Alors seront alors ces options. J’en vois deux – et c’est là que je vois les atouts majeurs pour la place financière suisse. La première, c’est que les clients qui autrefois restaient dans leur pays et plaçaient leur argent ailleurs, vont dorénavant suivre leur fortune. Et je pense que ces prochains mois, nous allons voir une avalanche de demandes de clients étrangers pour s’installer en Suisse. Cela a déjà commencé, les bureaux d’avocats de Zurich, de Genève et de Suisse romande sont débordés de demandes. Il y a là une opportunité extraordinaire pour attirer des contribuables. Pour le marché immobilier se pose tout naturellement la question de tout l’aspect fiscal pour ces clients étrangers. Au moment où ce débat est toujours assez brûlant en Suisse, il faut s’interroger sur la manière dont on veut l’aborder. Et j’aimerais juste glisser le message que lorsque vous parlez en tant que banquier à des clients étrangers qui souhaitent s’établir en Suisse, bien entendu ils aimeraient un cadre fiscal privilégié, mais je crois qu’ils seraient prêts à pousser la barrière un peu plus loin pour s’établir dans notre pays.

Première opportunité, attirer beaucoup de clients en Suisse. Deuxième opportunité - soit ils se déplacent avec leur fortune, soit ils vont devoir la légaliser. Et la légaliser, ce n’est plus tout simplement la déclarer dans un pays. Aujourd’hui, les clients sont devenus très internationaux. Les enfants étudient aux Etats-Unis, partent ensuite en Asie, vont travailler en Europe. Et là les banques suisses ont un rôle crucial à jouer en devenant un centre de conseil privilégié pour structurer cette approche fiscale de nos clients internationaux. C’est le défi que le groupe HSBC va mettre en avant ces prochaines années - se profiler comme un conseil de choix pour ces familles globales clientes dans le monde entier. Je crois qu’il faut aussi essayer de rattraper le temps perdu en termes législatifs. On avait parlé de fiscalité privilégié pour les hedge funds, on pourrait devenir le centre privilégié pour les hedge funds de nouvelle génération, performants, professionnels et transparents. Et puis une réalité qui va forger l’avenir de la place financière. Les taux de croissance que nous avons vécus ces dernières années ne vont pas pouvoir se poursuivre au même rythme. Il va falloir travailler sur les coûts, ce qui signifie faire des gains de productivité et clairement je vois là des pistes au niveau de la logistique. Il va y avoir une certaine concentration en Suisse sur ce plan. Comment se portera la place financière en 2015? Je suis très optimiste pour elle, si nous pouvons saisir ces différentes opportunités. Je crois que pour cela, nous devons garder une place importante au niveau international. On ne peut pas simplement se replier. Nous devons au contraire rayonner dans le monde entier pour garder l’attractivité de la place financière suisse au niveau mondial. Il faut que l’on collabore au niveau réglementaire. On n’y échappera pas au niveau de l’entraide en matière d’évasion fiscale, mais sur demande. Il s’agit de conserver une valeur qui sera quand même toujours importante aux yeux de nombreuses personnes dans le monde entier: c’est la protection de la sphère privée, et là je suis confiant que la population suisse souhaite continuer à la protéger. Un élément extrêmement important, c’est le rôle du franc suisse. Pour que la place financière garde son attractivité, elle a besoin d’un franc suisse fort. C’est l’une des seules alternatives au dollar, à l’euro, à la livre et au yen. Pour les clients, c’est extrêmement important. On doit également garder une compétence et une formation de pointe et je crois que nous sommes dans un trend très positif avec différentes formations de très haute qualité à de très nombreux niveaux – et l’apothéose serait quand même – c’est un des objectifs qui a été quand même formulé à voix basse, c’est que si l’objectif d’obtenir un prix Nobel en économie en Suisse pouvait être atteint, cela rendrait service à la place financière suisse.

Finalement, il s’agit aussi en temps de crise d’être proactif et d’essayer de communiquer sur ces forces que j’ai essayées de décrire tout à l’heure. Pourquoi ne pas mettre en effet beaucoup plus d’efforts et de moyens dans la communication en créant une promotion économique, comem cela a été fait à Singapour ou Dubaï. La Suisse doit changer d’image. De celle du pays qui a vécu sur le secret bancaire, elle doit devenir celle d’un pays aux multiples compétences!

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